Le Mois d’Or : les 40 jours postpartum et leurs traditions à travers le monde

Dans de nombreuses cultures à travers le monde, la période qui suit l’accouchement est considérée comme un moment clé de la vie d’une femme. Connue sous le nom de Mois d’Or, cette phase de 30 à 40 jours postpartum est dédiée au repos, à la récupération et au soutien de la mère. Bien loin d’être une mode récente, cette pratique ancestrale est profondément enracinée dans différentes traditions culturelles, spirituelles et médicales.

Alors que les sociétés modernes tendent à banaliser la période postnatale, là où on attend des mères qu’elles reprennent leur quotidien chargé très rapidement, le Mois d’Or rappelle une vérité universelle : prendre soin de la mère est essentiel pour le bien-être de l’enfant et de la famille.

C’est pour cette raison qu’après de nombreuses années de pratique périnatale comme conseillère en allaitement et instructrice en massage pour bébé, j’ai décidé de me former à l’accompagnement du postpartum et plus spécifiquement à cette approche du Mois d’Or.

Qu’est-ce que le Mois d’Or ?

Le Mois d’Or désigne la période suivant immédiatement l’accouchement, généralement comprise entre 30 et 40 jours. Durant ce temps, la mère est invitée à ralentir, à se reposer profondément et à recevoir des soins spécifiques.

Ces pratiques postpartum reposent sur plusieurs piliers. On parle ainsi des 4 fonctions du Mois d’or :

1. Accompagner le tissage des liens avec bébé

2. Favoriser l’équilibre émotionnel de la mère mais aussi de la famille

3. Accompagner la dégestation. Il s’agit du processus physiologique de sortie de l’état de grossesse qui ne s’arrête pas avec l’accouchement et qui se déroule principalement lors du quatrième trimestre de grossesse.

4. Faciliter la récupération maternelle

Cette période qu’on peut décrire comme un quasi confinement est aussi appelée quarantaine postnatale, et bien que les rituels varient selon les pays, l’intention reste universelle.

Le Mois d’Or en Chine : le Zuo Yue Zi

En Chine, la tradition du Zuo Yue Zi (« s’asseoir pendant un mois ») est l’une des plus anciennes pratiques de soins postpartum. Elle trouve ses origines dans la médecine traditionnelle chinoise, qui considère l’accouchement comme une perte d’énergie vitale et l’activité durant les 40 jours comme néfaste au processus physiologique de remise en forme de la jeune maman.

Durant ces 40 jours :

  • la mère reste à l’intérieur,

  • elle évite le froid, le vent et l’humidité,

  • elle consomme des aliments chauds, nutritifs et particulièrement digestes

  • elle est accompagnée par une yuesao, assistante spécialisée du postpartum.

Cette tradition est aujourd’hui encore très respectée, aussi bien dans les familles que dans des centres spécialisés.

Au Japon: le symbole du futon déplié

Au Japon, la tradition veut que les futons sur lesquels dorment les membres de la famille dorment soient repliés chaque matin afin de libérer de l’espace pour les activités de la journée. En revanche, lorsqu’une femme vient d’accoucher, son futon reste déplié pendant 30 à 40 jours. Ce geste simple mais puissant signifie que durant le premier mois après l’accouchement, le repos et la récupération de la femme sont considérés comme centraux et prioritaires.

Au-delà de l’objet lui-même, ce rituel en dit long sur la reconnaissance sociale du postpartum:

Le corps n’est pas sommé de « reprendre sa place » trop vite et l’espace domestique s’adapte à la mère, pas l’inverse.

En Amérique latine : la Cuarentena

Dans des pays comme le Mexique, la Colombie, le Pérou ou encore le Brésil, la période postpartum est appelée cuarentena, soit « quarantaine ».

Pendant environ 40 jours, la mère :

  • se repose à domicile,

  • limite les sorties et les visites,

  • bénéficie de l’aide de sa famille élargie.

La cuarentena n’est pas seulement un temps de repos physique ; elle joue aussi un rôle symbolique fort dans la transmission des savoirs maternels et le renforcement des liens familiaux.

Il faut également mettre en avant le soin Rebozo, qui nous vient du Mexique. Cette pratique consiste à bander le ventre et serrer le bassin de la femme après son accouchement. Cela apporte du soutien aux organes et leur permet de retrouver leur place au milieu du vide laissé après la sortie du bébé. Ce rituel est un soin physique, émotionnel et psychique.

En Afrique : traditions communautaires du postpartum

Au Nigeria – Omugwo

Chez les Igbos du Nigeria, la pratique de l’omugwo consiste à confier les soins de la mère à une femme plus âgée de la famille, souvent la grand-mère. Cette dernière s’installe auprès de la nouvelle maman pendant plusieurs semaines.

Elle :

  • prépare des repas traditionnels,

  • masse la mère,

  • l’accompagne dans les soins du bébé (dont le massage du bébé généralement effectué par la grand-mère)

Cette tradition souligne l’importance du soutien intergénérationnel dans la maternité.

Dans ma pratique, j’ai fréquemment échangé avec des femmes d’Afrique Subsaharienne et elles m’ont confirmé que la nouvelle maman n’avait qu’à prendre soin d’elle et nourrir son bébé au sein (l’allaitement étant quasi unanimement pratiqué par ces femmes). L’une d’entre elles me disait que si elle voulait dormir, elle allaitait son bébé avant et elle le confiait à la personne qui s’occupait d’elle. et si cette dernière n’était pas disponible, il y avait toujours quelqu’un du village pour s’occuper de son bébé. Dans l’esprit de ce proverbe africain connu qu’il faut tout un village pour élever un enfant.

En Afrique du Nord et autres régions

Au Maghreb et dans d’autres régions africaines, la période postnatale est également marquée par des rituels de protection, de purification et de repos, visant à préserver la santé physique et émotionnelle de la mère.

Il existe dans chaque culture des consignes alimentaires propres au Mois d’Or.

Lors d’un atelier autour du postpartum, une maman d’origine tunisienne me parlait du Zrir, une crème à base de sésame, de beurre, de fruits secs (amandes, pistaches, noisettes), de miel et de pignons. Cette spécialité très consistante et calorique est une douceur que l’on prépare traditionnellement après une naissance pour la maman qui vient d’accoucher. 

En Inde et Asie du Sud : soins holistiques après l’accouchement

En Inde, la période postpartum est connue sous le nom de Sutika Kala. Elle comprend :

  • des massages à l’huile,

  • une alimentation médicinale riche en épices,

  • des bains thérapeutiques.

Ces soins sont conçus pour restaurer l’équilibre du corps et prévenir les complications postnatales.

En Europe : des relevailles à la redécouverte du Mois d’Or

En France et dans plusieurs pays européens, la tradition des relevailles consistait autrefois à entourer la mère pendant les semaines suivant l’accouchement.

Bien que ces pratiques aient décliné avec la médicalisation de la naissance, le Mois d’Or connaît aujourd’hui un véritable renouveau, notamment grâce aux doulas, aux soins postnataux et à une meilleure reconnaissance de la santé mentale maternelle.

Pourquoi le Mois d’Or est-il essentiel ?

Les bienfaits du Mois d’Or sont multiples :

  • meilleure récupération physique,

  • diminution du stress et du baby blues,

  • soutien émotionnel renforcé,
  • amélioration du lien mère-enfant,

  • prévention de l’épuisement post-partum.

Ces traditions montrent que le soin apporté à la mère est une clé fondamentale du bien-être familial.

On sait bien que pendant la grossesse, l’essentiel de l’attention que ce soit l’entourage ou le personnel médical est dirigé vers la mère. Cette tendance va pourtant s’inverser après la naissance où c’est l’enfant qui devient le centre d’intérêt, laissant souvent la jeune mère dans un état de solitude, tan émotionnelle que psychique, sans parler des bouleversements physiques qu’elle traverse.

Le Mois d’Or permet de replacer la femme au centre. Après tout, c’est une héroïne d’avoir porté un bébé et de l’avoir mis au monde!

À travers le monde, le Mois d’Or et les 40 jours postpartum témoignent d’une sagesse ancestrale commune : la maternité mérite du temps, du respect et du soutien. Redonner sa place à cette période, c’est reconnaître que prendre soin des mères, c’est prendre soin de toute la société.

Auteur: Karine Sananes

Accompagnante périnatale, je vous propose, à travers mes ateliers de massage, de découvrir leurs besoins ainsi que leur façon de communiquer, et comment leur apporter détente et réconfort. J’accompagne et soutiens également les mamans qui souhaitent allaiter ou qui allaitent déjà.